GRENOUILLONS-NOUS!
05.13.08 - Leído 25 veces. Enviar esta notaÉlisabeth Fleury
Les grenouilles sont en danger. On dit même que leur extinction serait la plus importante de l’histoire après celle des dinosaures. Frissonnant. Un autre triste exemple du pouvoir destructeur des humains sur la planète
QUÉBEC, Canada; 12 mai 2008.- Si «les mouches à feu font des folies» et que «les ouaouarons sont pas plus fins», force est d’admettre que les humains le sont encore moins… Les chiffres sont alarmants : près de 50 % des 6000 espèces connues d’amphibiens sont menacées d’extinction. De ce nombre, 500 sont menacées d’extinction immédiate, c’est-à-dire sans espoir de survie, à moins de les élever en captivité pour les réintroduire éventuellement dans la nature.
Au Canada, sur un total de 21 espèces d’amphibiens, ce sont six espèces qui sont menacées ou suspectées de l’être. «Pour n’importe quelle espèce d’oiseau ou de mammifère menacée, c’est deux à trois amphibiens qui le sont», s’inquiète Stéphane Plamondon, conservateur au Parc Aquarium de Québec. De quoi donner une vraie raison à Demetan de pleurer.
Parce qu’elles sont très sensibles à la détérioration de leur milieu de vie, les grenouilles sont un excellent indicateur de la qualité de notre environnement. Leur rôle dans l’écosystème est essentiel dans la mesure où elles sont à la fois proies et prédateurs. Non seulement les amphibiens mangent-ils des insectes nuisibles, ils servent aussi de nourriture pour nombre d’espèces, qui pâtiraient à leur tour de leur disparition.
«Si, dans un habitat, la population d’amphibiens disparaît, c’est un maillon de la chaîne qui disparaît. D’autres espèces vont disparaître, et nous, on est en haut de la chaîne alimentaire…», résume Stéphane Plamondon. Les répercussions de l’extinction des grenouilles sur les humains peuvent être plus directes si on considère qu’elles se nourrissent d’insectes ravageurs et porteurs de maladies.
UN HABITAT MALMENÉ
Vous vous sentez mal d’avoir fait fumer des grenouilles, plus jeunes? Certes, ce n’est pas très brillant, mais sachez qu’une multitude d’autres facteurs humains ont fait bien plus de mal aux grenouilles que ce divertissement d’enfant. En tête de liste : la destruction des milieux humides causée par le réchauffement climatique, la promotion immobilière, la construction de routes ou les coupes à blanc.
Un champignon cutané dont la prolifération est notamment causée par les changements climatiques cause également beaucoup de tort aux amphibiens. Ce champignon, le chytridium, aurait jusqu’ici causé la disparition d’une dizaine d’espèces.
Puis il y a les pesticides, qui sont à l’origine de multiples déformations chez les amphibiens. «Les grenouilles n’ont pas de couche de peau morte. Leur peau est vivante, ce qui fait qu’elles absorbent facilement les pesticides», explique Stéphane Plamondon. Une récente étude a par ailleurs démontré qu’un taux élevé d’ozone dans les basses couches de l’atmosphère contribuerait au déclin des grenouilles.
La collecte pour l’alimentation humaine a aussi un effet dévastateur sur les populations d’amphibiens. «Les cuisses de grenouille qu’on mange dans les restaurants proviennent d’amphibiens qu’on a prélevés dans la nature. À cause de leur mode de vie, il est trop difficile de faire l’élevage de grenouilles», précise le conservateur du Parc Aquarium de Québec.
Enfin, les décimations routières seraient une autre cause majeure du déclin des grenouilles. Sur la base d’une étude effectuée dans l’État de l’Indiana, des chercheurs ont observé que sur les 10 500 carcasses d’animaux détectées sur les chaussées et bords de route sur une période de 16 mois, pas moins de 95 % étaient des amphibiens et des reptiles. L’amphibien le plus représenté était le ouaouaron, mais une espèce protégée comme la grenouille léopard était également présente.
C’est pour sensibiliser les populations que les zoos et aquariums du monde entier ont fait de l’année 2008 celle des grenouilles. Selon M. Plamondon, il est possible de contribuer à la sauvegarde des amphibiens en favorisant la conservation des milieux humides et, plus simple encore, en évitant de consommer des cuisses de grenouille!
(Le Soleil)
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