LA «BRUME ARCTIQUE» DANS LE COLLIMATEUR DES SCIENTIFIQUES
04.24.08 - Leído 19 veces. Enviar esta notaDan Joling
L’air de l’Alaska n’est pas aussi pur qu’il y paraît. En fait, au-dessus du cercle arctique, l’atmosphère se charge, en cette période de l’année, de particules polluantes circulant autour du globe, une «brume arctique» soupçonnée d’accélérer le réchauffement au pôle Nord
Fairbanks, Alaska, EU; 24 Avril 2008.- Depuis plusieurs semaines, une mission scientifique américaine prélève des échantillons de cette brume pour tenter de déterminer si les particules en suspension, ou aérosols, accélèrent le réchauffement sans précédent observé dans la région arctique.
L’étude, conduite séparément par la NASA, le département de l’Energie et l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA), mobilise 275 personnes et cinq avions. Les chercheurs, basés en Alaska, ont déjà découvert dans leurs échantillons des poussières venant de déserts asiatiques, des particules émises par des feux de forêt ou de cuisson et bien d’autres provenant des gaz d’échappement automobiles, d’usines et de centrales électriques.
Une analyse chimique permet de déterminer l’origine géographique des particules. «L’Arctique est un melting-pot pour la pollution d’altitude moyenne», explique Daniel Jacob, un scientifique de Harvard qui participe à la mission. «Nous avons des traces de presque tout ce qu’on peut imaginer voler au-dessus de l’Arctique.»
Les scientifiques profitent du travail fondateur de Glenn Shaw, de l’université de l’Alaska, qui a débarqué il y a 35 ans à Barrow (Alaska), la localité la plus septentrionale des États-Unis, en pensant établir que l’air dans cette région était la plus pure du monde. «Je m’attendais à battre un record», dit-il, car dans cette zone, à la pointe nord de l’Alaska, «il n’y a pas d’industrie et on pouvait présumer que ce devait être l’endroit le plus propre ou presque de la planète.» Eh bien, pas du tout.
M. Shaw a détecté un phénomène plus tard surnommé la brume arctique, qui s’explique par le fait que l’air au-dessus de Barrow et jusqu’au pôle Nord agit comme un piège géant attrapant les particules polluantes à la fin de l’hiver et au début du printemps.
Le débat sur le changement climatique se concentre sur le dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre (GES) considérés comme les principaux responsables du réchauffement. Mais l’ampleur de la fonte de la banquise observée l’été dernier souligne l’urgence de l’étude en cours.
On sait déjà que de la suie tombée sur la neige peut la faire fondre en absorbant la chaleur du soleil. Mais les chercheurs veulent déterminer l’impact de ces poussières dans l’air.
Ils veulent notamment savoir comment la taille et la densité des particules changent le type et la durée de vie des nuages, souligne Greg McFarquhar, de l’université de l’Illinois. Ils espèrent aussi découvrir si les particules dans l’air renvoient, par un phénomène de miroir, la chaleur vers l’espace ou si elles l’absorbent.
Dans la plupart des régions de la planète, les particules dans l’air provoquent un refroidissement en réfléchissant de la lumière, contrebalançant partiellement l’effet de réchauffement des GES.
Mais A.R. Ravishankara, du Laboratoire de recherche sur le système terrestre de la NOAA, suspecte que ce n’est pas le cas dans l’Arctique, où la glace et la neige reflètent déjà une grande partie de la lumière. Certaines particules pourraient absorber l’énergie solaire et émettre elles-mêmes de la chaleur, comme le bitume par une chaude journée d’été, précise-t-il.
(Le Soleil)
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